L’émotion est une réaction de notre organisme qui se manifeste sur le plan physique (sensation) et qui va agir sur notre comportement. Elle va donc déclencher un changement observable dans notre manière d’être en relation avec notre environnement.
Il y a plusieurs types d’émotions, mais on s’accorde pour dire que les émotions de base sont la joie, la peur, la tristesse, la colère, le dégoût et la surprise. D’autres émotions sont dites secondaires ou mixtes comme la honte car elles combinent plusieurs émotions.

Et grâce à Antonio Damasio nous savons maintenant que « l’émotion participe à la raison et qu’elle peut assister le processus rationnel au lieu de nécessairement  le déranger comme nous le supposions couramment. » (cf. L’erreur de Descartes d’A. Damasio)

Il est donc fondamental de pouvoir tout d’abord percevoir ses émotions, c'est-à-dire en être conscient,  mais aussi les nommer, reconnaître celles qui influent sur nos pensées, les comprendre et finalement savoir les maîtriser. Il ne s’agit pas là de les contrôler, le mot de contrôle renvoyant souvent au "besoin d’agir sur", de diriger mais surtout de les vivre en pleine conscience pour en maîtriser leurs effets.

Par exemple, je ressens que je suis en colère (j’identifie l’émotion et je la nomme), je sais quelle est l’origine de ma colère, je sais quel effet cette émotion peut avoir sur mon comportement et mon processus de décision, je sais ce que je risque de faire sous l’emprise de la colère et que je ne veux pas. Je sais comment accepter cette colère et être ainsi libéré d’effets non désirés. Je peux alors décider librement du comportement à adopter dans telle situation.

Or souvent ce que nous faisons est différent et peut ressembler à çà ; je sens que je m’emporte, que je m’énerve, je ne sais pas forcément très précisément ce qui m’a mis dans cet état, ce peut être la remarque d’un de mes collègues, (mais pourquoi aujourd’hui plus qu’hier ?), quand je suis en colère, je crie, j’insulte, je deviens agressive, mais dans la situation présente, devant mon patron, cela ne se fait pas, je réprime cette colère et je ne dis rien. Tout cela s’est passé tellement vite que je ne m’en suis à peine rendue compte. Mais l’après midi va être foutu, je vais ruminer ce que j’aurai pu dire à mon patron ou bien je vais être odieuse avec tous mes collaborateurs sans raison apparente pour eux !

L’entreprise est encore un lieu où l’émotion n’est pas la bienvenue, elle est taboue. On ne parle pas de ces choses là, on est rationnel jusqu’au bout des ongles. Mais voilà, elle s’est invitée malgré nous car elle fait partie de toutes nos prises de décision, en bien ou en mal, et surtout elle participe de toutes nos relations aux autres.

Certains ont compris que « l’habileté à percevoir et à exprimer ses émotions, à les intégrer pour faciliter la pensée, à comprendre et à raisonner avec ses émotions ainsi qu’à réguler les émotions chez soi et chez les autres » (Mayer et Salovey) serait l’intelligence émotionnelle. Ce concept d’intelligence émotionnelle a encore évolué et nous n’en dirons pas plus ici.

Ce qui demeure c’est qu’il y a là aussi tout un ensemble de compétences à développer pour réussir socialement et professionnellement.
Aujourd’hui dans un monde du travail qui se complexifie et se durcit, il devient nécessaire de ne pas laisser nos émotions à la porte de l’entreprise sous peine qu’elles rentrent violemment par la fenêtre sous la forme maintenant banalisée de la « souffrance au travail ». Nous savons en effet que le fait de négliger notre vie émotionnelle peut être source de tensions, anxiété, dépression, burn out, maladies psychosomatiques, crise de panique, phobies….

Il est temps de regarder ensemble ce qui ne va pas dans l’univers de l’entreprise, qu’il s’agisse de l’organisation, du management, de la communication… de tous les lieux d’interaction riches en émotions.

C’est à partir de ce regard, qu’il sera possible de retrouver le plaisir au travail, de rechercher le flux optimal (concept du flow développé par M. Csikszentmihalyi) spécifique à chacun et trouver le sens que nous voulons donner à notre travail comme à notre vie ( c'est-à-dire être en lien avec les autres et en accord avec ses valeurs).

Il y a là pour l’entreprise un défi à relever celui de réhabiliter les émotions pour favoriser et développer des attitudes optimistes et ainsi changer de paradigme, l’entreprise n’est pas un lieu de combat pour tous les loups aux dents longues mais un lieu de coopération et d’entraide. C’est à cette seule condition que l’entreprise sera durable et performante sur le long terme.

Nous aurons l’occasion de développer plus longuement cette approche lors d’un de nos prochains ateliers.