Dans notre vie professionnelle et sociale, nous sommes sans cesse confrontés à la vie en groupe et nous constatons souvent que les relations au sein d’un groupe ne sont pas si aisées. Parfois nous réactivons ainsi des expériences de notre première vie en  groupe…celle de la famille. Il est très rare que l'on  prévoit de la régulation en famille ; l’implicite et les rancœurs font leurs chemins pour arriver quelquefois au conflit et à la rupture ! Pour éviter ces possibles aboutissements, il serait certainement utile de partager régulièrement sur le « comment on est ensemble » …mais les liens affectifs originels, l'histoire commune, vont parfois y suppléer et le groupe familial va malgré tout se maintenir.

L’équipe professionnelle, elle, est : un « construit social » et celui-ci peut se déconstruire et ceci souvent dans l’implicite et malheureusement parfois dans la violence. Il nous semble donc capital d’envisager la mise en place de régulation pour rendre explicite ce qui est, et donner ainsi toutes les chances à une équipe de déployer son potentiel.

Nous avons le plaisir de vous partager ci-après des extraits d’un excellent article d’un de nos confrères sur le sujet de la régulation.

Jean-François Gravouil, Psychothérapeute, Consultant, Coach, Formateur et Superviseur ; nous livre ci-après le fruit de son expérience (extraits de son article paru dans les Cahiers de la Gestalt-thérapie) :

« La régulation des groupes est souvent considérée au mieux comme un luxe, au pire comme du temps perdu. Et pourtant elle constitue un ingrédient indispensable de la santé d’un groupe et de ses membres comme de sa capacité à réaliser ses objectifs de façon constructive pour lui-même et pour l’environnement.

A contrario, chacun d’entre nous a pu observer à quel point un groupe dysrégulé peut adopter des conduites destructrices pour ses propres membres, ses clients/usagers, ses partenaires, et cela, quelles que soient la noblesse, l’utilité, l’importance de ses buts. Les pathologies groupales ont, en effet, les mêmes caractéristiques que l’ensemble des fonctionnements groupaux : elles sont amplifiées dans leurs manifestations et dans leur impact par rapport aux mêmes phénomènes individuels. »

Le groupe : un ensemble socio-affectif instable

« … Il est une incarnation de la nature sociale de l’humanité. Quelle que soit sa taille, il n’est pas une entité naturelle. Il résulte toujours de décisions et de constructions. En conséquence, son mode de fonctionnement, les règles et les rituels qui le structurent sont produits par ses membres et peuvent être modifiés. Toutefois, la structure d’un groupe tend à être prégnante et fortement fixée, rendant les évolutions difficiles. Même lorsque ses membres changent, la structuration du groupe, ses modes de relations et de fonctionnement peuvent se perpétuer. C’est surprenant pour le groupe comme pour des observateurs extérieurs qui pourraient croire qu’un changement de membres entraînerait, ipso facto, une modification sensible des agissements groupaux.

Dès lors qu’il dure, un groupe n’est pas un rassemblement de hasard. C’est un ensemble dynamique qui existe en fonction des buts, explicites ou implicites, qu’il s’est donnés ainsi qu’en fonction d’un cadre qui le structure. Une part, plus ou moins importante, des buts d’un groupe est inconsciente ou non dite, il en va de même du cadre qui peut contenir une part significative de normes informelles définissant ce qui est conforme, acceptable, inadéquat, interdit, etc. Les normes qui s’élaborent ainsi, sans conscience claire, ni recul critique, ne sont pas fondées, la plupart du temps, sur des critères de vérité, de justesse, de pertinence par rapport à un fonctionnement « écologique » du groupe…La différence devient alors transgression et entraîne des représailles. Cette part cachée des buts et du cadre exerce une influence souterraine significative sur la dynamique du groupe et ne se laisse pas interroger facilement.

Le fonctionnement d’un groupe est, par ailleurs, constamment coloré par les expériences premières des groupes familiaux d’origine(ou des institutions : orphelinats, écoles maternelles et primaires (notamment). La prégnance des premiers liens, des climats affectifs, des normes, des rôles et des comportements vécus au début de la vie est telle qu’elle se superpose à la réalité des groupes d’aujourd’hui. Beaucoup de réactions dysfonctionnelles dans les groupes sont liées à ces expériences originelles. La personne ne répond pas à la situation telle qu’elle est mais à des stimuli qui la renvoient à des vécus antérieurs. Ces stimuli, même faibles, lorsqu’ils résonnent avec des expériences précoces difficiles vont produire des effets sans rapport avec la situation présente, son degré de danger, de toxicité ou d’insupportabilité. De l’extérieur, on peut croire la personne correctement équipée pour faire face à une situation relativement banale, mais on observe des réponses inadaptées et décalées de cette personne, par ailleurs bien ajustée quand elle n’est pas dans ses zones de vulnérabilité.

Un groupe est donc un ensemble socio affectif instable. Son instabilité augmente avec sa taille et avec le manque de cadre et de repères. L’instabilité d’un groupe est liée aux phénomènes dits « de groupe », on mentionnera notamment la contamination émotionnelle interpersonnelle, la réactivation d’enjeux intrapsychiques précoces, la projection des modèles relationnels de la petite enfance, et, plus globalement, la réactivation, par la multiplicité des interactions, de ce qui est en « fond » pour chacun (histoire personnelle, corporelle, familiale, culturelle). Ces phénomènes sont largement inconscients et souvent clivés, ce qui rend leur prise en compte difficile.

Un groupe agit, de plus, comme un amplificateur émotionnel pour les émotions positives et pour les émotions négatives … »

 « Au final, un groupe constitue une structure à forte potentialité créative ou destructive. Il accroît le potentiel créatif ou destructeur de ses membres : ses capacités vont au-delà de l’addition de celles de ses membres. Le basculement du pôle créatif au pôle destructeur (l’inverse est très rare) peut être extrêmement rapide et ne pas comporter beaucoup de signes avant-coureurs. »

La sécurité des personnes et du groupe

« La sécurité des personnes dans un groupe peut notamment être définie comme la garantie de l’intégrité de chacun : protection contre la violence physique et psychique, droit à l’expression et à la différence sans représailles, défense contre le chantage affectif, les manipulations, le mépris, la moquerie, la constitution en bouc émissaire.

La sécurité du groupe est liée à la qualité de sa structuration qui doit tenir, simultanément, sans privilégier une des polarités, des impératifs contradictoires : cadre défini, respecté, tenu et, en même temps, suffisamment ouvert et évolutif, stabilité et prévisibilité des modes de fonctionnement et, parallèlement, ouverture à des changements concertés et mûris, permanence dans l’appartenance (un noyau stable de membres dans la durée) et, aussi, renouvellement suffisamment continu, espaces de réflexion et d’élaboration et, tout autant, capacité à décider et agir… » 

« …combien l’équilibre et la sécurité du groupe sont liés à des exigences complexes du fait de leur caractère opposé… »

« L’enjeu c’est de réguler les interactions et de favoriser la différenciation, la confrontation et la coopération. Créer des conditions de sécurité optimales dans un groupe requiert, notamment, toute une série de dispositions : élaborer des règles (en nombre limité) avec le groupe et les appliquer, faire de l’explicite et clarifier les implicites, favoriser l’assertivité (s’affirmer sans rapport de force, ni chantage ni manipulation), travailler sur la juxtaposition des points de vue et la reformulation (par opposition

à vouloir convaincre ou avoir raison), prendre en compte l’environnement socio-institutionnel, notamment s’il est porteur d’insécurité potentielle pour les participants au groupe, arrêter immédiatement toute expression de violence et, enfin, réguler les interactions et traiter les « irritants » (toute source, petite ou grande, d’agacement, de tension, de déception, d’incompréhension, de méfiance, etc.).

Une animation assurée par un ou des animateurs ayant des compétences spécifiques constitue, en outre, un élément central de la sécurité du groupe. »

Réguler un groupe : intérêt et méthode

« Pourquoi réguler ? Comme nous l’avons dit plus haut, un groupe est un organisme instable qui accumule des expériences parasites… Les effets de ces interactions désaccordées vont se traduire sous différentes formes : évitements, conflits, climat tendu, manipulations... Les terrains minés se multipliant, chacun se protège en réduisant son implication, en esquivant la confrontation, en projetant ses peurs et ses frustrations dans le groupe. »

 C’est pourquoi un groupe a besoin de temps réguliers de régulation, gérés par un animateur compétent, où  sont interrogés les non-dits, les insatisfactions, les « irritants », même apparemment mineurs. Ces irritants, (dérangements, désagréments, agacements, froissements de susceptibilité, dysfonctionnements) ne sont jamais anodins. Leur minimisation, leur invalidation, au nom du « ce n’est pas important, je ne vais pas embêter le groupe avec ça » prive le groupe d’informations précieuses sur ses dysfonctionnements et ses déséquilibres. Les irritants sont des indicateurs précieux pour la gestion de la dynamique et des interactions groupales.

L’absence de régulation produisant un niveau élevé d’implicite, les fantasmes, les résonances internes prennent le dessus sur la réalité du moment. Les problématiques des uns entrent en interférence avec celles des autres, il y a amplification des déséquilibres individuels et accélération des processus pathologiques individuels et collectifs. L’implicite fournit un excellent terreau pour des reproductions toxiques et des dysfonctionnements importants. »

« A propos de quoi est-il opportun de réguler ? On s’intéressera à tous les sujets suscitant du dérangement ou de l’irritation, quelle qu’en soit la thématique. On sera particulièrement attentif à ce qui concerne les interactions entre participants, les interactions participants/animateur, le cadre et les règles, et l’intendance, source inépuisable d’irritants (la durée des pauses, les horaires, la disposition des sièges, l’argent, etc.).

Selon la nature de la dynamique et des activités du groupe, on peut donner plus ou moins de place à la régulation mais, dans tous les cas, elle fait partie intégrante de l’écologie du groupe. Il n’existe aucun bon motif pour ne pas la mettre en œuvre et surtout pas le fait « qu’on ne serait pas là pour ça ». La régulation ne peut pas être mise en place en situation de crise.

Il faudra d’abord traiter la crise, le conflit, avec des outils spécifiques puis, ensuite, instaurer un dispositif continu et structuré de régulation. »

Pour conclure provisoirement

« …à ne pas réguler on se met et on met le groupe en danger. Augmentation des conflits, perte de confiance, retrait d’investissement et d’implication, ajustements conservateurs, stérilisation des initiatives et de la créativité en sont les symptômes les plus fréquents.

Ne nous y trompons pas, la régulation est exigeante pour les participants et pour l’animateur. Elle dévoile les jeux, enjeux, vulnérabilités des uns et des autres, amène à nommer ce qui se passe à bas bruit, oblige à prendre en compte les subjectivités et les sujets qui les expriment, elle met à jour des implicites et des non pensés dérangeants. C’est pourquoi on peut observer des complicités tacites entre membres d’un groupe et animateur pour ne pas ouvrir cet espace.

Quand on s’y risque et qu’on la construit comme un dispositif rigoureux, la régulation produit des effets de libération d’énergie, de créativité et d’initiative, de la fluidité relationnelle, de la différenciation saine, une reconnaissance empathique des singularités.

Elle favorise l’approfondissement des liens et la solidarité. Elle augmente la maturité des personnes et du groupe."

Notre expérience acquise en entreprises, dans lesquelles, nous avons vu beaucoup de groupes fonctionner (groupes de formation, comité de direction, groupes de pairs, tec...) nous a donc conduit à proposer de type d'intervention qui permet à chaque groupe de prendre conscience et de mettre à jour ;

  • les processus positifs ou négatifs qui se déroulent,

  • comment chacun y participe,

  • comment le leader peut s’appuyer dessus ou au contraire être entravé par ces mêmes processus,

  • comment l’organisation peut amplifier, favoriser ou encore gêner les processus en cours,

  • et enfin comment certains processus vont générer de la violence, et de la souffrance tacite ou non et, en tout état de cause, diminuer, voire neutraliser ainsi l’efficacité, la performance et le bienêtre des équipes de travail.

     

    Les consultants  Humanime, cabinet conseil en climat d’entreprise, formés à l’animation de groupes de régulation par Jean-François Gravouil, sont à votre disposition pour étudier avec vous la mise en place de ce type de dispositif.

    Merci de nous contacter au 01.75.43.42.11