Voilà comment aurait pu être introduit, un Atelier sur le Management Ethique auquel j’ai participé…
La « sociocratie », aviez-vous entendu parler de ce terme ? Moi, non. Et j’étais bien curieuse d’en apprendre plus…
Cette démarche, ou bien devrais-je dire « cette philosophie de la gouvernance ? », est développée depuis quelques années au Canada. Encore eux ! En effet, toutes les approches managériales innovantes, je les ai souvent puisées auprès des Canadiens…
C’est en petit groupe de 8 personnes, que nous avons expérimenté les caractéristiques d’une démarche sociocratique. J’en garde un sentiment d’espoir pour notre avenir au sens large du terme, un souvenir de vraie progression collective et, tout à la fois,  l’impression d’être face à « un grand 8 » si je me fais le film d’introduire cette approche dans nos entreprises françaises aujourd’hui !!

J’ai eu le bonheur d’assister au merveilleux spectacle du Cirque du Soleil récemment. Cette belle Organisation, d’origine canadienne, fonctionne selon les modalités de la sociocratie. Elle a développé sa performance en s’appuyant sur la notion de coopération créative ; le résultat en est visible dans son spectacle : harmonieux, fluide et excellent…Le rêve ici devient réalité, alors que d’autres ont détruit leurs rêves dans des luttes de pouvoir et des crises d’égo…

Voici quelques unes des idées-phares de la sociocratie (issues du livre Gilles Charest : « La démocratie se meurt, vive la sociocratie ! » :

* La majorité ne peut imposer son choix à la minorité (notion du consentement : aucune décision importante pour la vie de l’équipe ne pourra être prise si un des membres y oppose une objection raisonnable).
* Les membres de l’organisation n’exercent pas de contrôle les uns sur les autres, ils partagent un but commun, ils créent ensemble en partageant leurs contributions.
* Les abus de pouvoir dont nous sommes victimes sont en fait le résultat d’erreurs dans l’organisation de la vie en commun. Préoccupés du soin de faire fortune, certains ne perçoivent pas le lien étroit qui unit fortune particulière de chacun d’eux à la prospérité de tous
* Les conflits et violence dont nous sommes quotidiennement les témoins résultent en fait de la destruction des structures naturelles de communication et  de prise de décision qui régulent les systèmes vivants.
* Nous restons fondamentalement des êtres sociaux, nous aurons toujours besoin des autres pour construire notre identité et actualiser notre potentiel.
* Le NOUS constitue la santé individuelle ET collective

Enfin, notre qualité de vie est fonction de la qualité de nos liens avec les autres et notre environnement. Ainsi  4 éléments importants constituent les bases culturelles d’un groupe :
- le langage commun
- des méthodes communes de résolution de problème
- des valeurs communes et principes de vie partagés
- une vision du monde et un sens commun

Un des  premiers signes de dégradation d’un système social c’est sans doute la diminution du nombre de ses chefs crédibles, il faut donc reconstruire des structures de communication et de prises de décision qui vont laisser émerger à nouveau des chefs crédibles à tous niveaux de la hiérarchie…en créant notamment des lieux de concertation où les personnes prendront en mains leurs  responsabilités face à leur manager.
En effet, Gilles Charest nous explique que : « vouloir développer les organisations sans toucher à la structure du pouvoir qui conditionne les comportements des gens  est un non-sens ».
Il s’agit bien, en sociocratie, de s’assurer qu’à chaque palier décisionnel, les décisions soient prises en tenant compte du point de vue de ceux qui y travaillent. Un des bénéfices, étant que : quand des membres d’une Organisation, sont invités à influencer les décisions qui ont un impact sur leur vie, ils ont tendance à collaborer de façon plus responsable. De plus, apprendre à prendre des décisions ensemble, pose la question des valeurs communes, et les développe.

Je vous vois venir… vous pourriez me dire : « c’est bien joli tout ça ! Mais comment fait-on pour que ça marche ?? ! »
Eh bien tout d’abord, en  redéfinissant les niveaux de communication :
- par la création de « cercles de concertation » à différents niveaux de l’entreprise, comme lieux de parole et de prise de décision avec une mission claire à réaliser et dont la responsabilité est l’atteinte des objectifs annuels de l’unité, l’amélioration de ses méthodes de travail et le développement des compétences de ses membres.
-la mise en place du  « double  lien » entre deux cercles de concertation, c’est-à-dire la présence d’au moins deux personnes prenant part aux décisions d’orientation  dans le cercle immédiatement supérieur.

Puis, en appliquant  une méthode et en respectant 9  étapes  de prise de décision dans chaque « cercle de concertation », que je ne définirai pas ici mais qui appellent les principes suivants :

* Une technique de dialogue qui favorise l’expression de chacun, et l’écoute sans jugement  ni débat,  des apports ou opinions ou objections (tour de table systématique avec le droit « de passer son tour »)
* Une prise en compte des points de vue opposés avant la prise de décision et le consentement
* Une limite des temps de parole pour contrer le déluge de mots et débat au profit d’une qualité de présence
* Chaque membre peut demander un temps de silence quand il ressent que cela est nécessaire


Finalement, la mise en place de la sociocratie dans les entreprises…est-ce une utopie ? qui peut devenir réalité ??  
Imaginons…Est-ce que si ces principes étaient appliqués en entreprise, nous entendrions toujours parler de souffrance au travail , de stress, de burn out…de personnes tiraillées par des injonctions paradoxales (notion de la double contrainte : deux contraintes qui s’opposent, l’obligation de chacune contenant une interdiction de l’autre, ce qui rend la situation a priori insoluble)… ?? je vous laisse la réponse…
La sociocratie, une des voies pour le mieux travailler ensemble ? Et pourquoi pas !